• Thomas GROLLIER

Brève cartographique #20


Chers lecteurs nous allons ensemble et pour les quelques semaines qui arrivent ouvrir le passionnant dossier des enclaves. Vous savez ces petits bouts de territoires qui sont isolés dans un autre territoire administratif. Ça peut-être un département français dans un autre (enclave vauclusienne de Valréas au cœur de la Drôme) ou internationale comme le Vatican par rapport à l’Italie. Et ces enclaves il y en a des centaines dans le monde parfois avec des particularismes étonnants. A ce titre, la Belgique doit sûrement figurer en tête du classement mondial des frontières hétéroclites.


Le Roi Albert 1er à gauche et le Général Baltia à droite

C’est donc dans le royaume belge que nous allons régulièrement nous faire plaisir et pour commencer rendons nous dans les « cantons rédimés », autrement nommés Cantons de l’Est. Conséquence du Traité de Versailles à l’issue de la première guerre mondiale, le suzerain belge a étendu son royaume sur d’anciennes communes allemandes. Se sont les fameuses villes d’Eupen et Malmedy. On avait déjà évoqué de ces cantons dans une mes premières brèves (#3) car c’est en ces lieux que se trouve le plus haut sommet belge (le Signal de Botrange – 694 mètres). Tu connais donc, fidèle lecteur, le rôle parfois brutal du général belge Baltia, qui organisa le plébiscite permettant à la population locale de choisir entre la Belgique et l’Allemagne. Peu osèrent donc défier l’exalté Baltia et donc peu mirent un bulletin « Allemagne » dans l’urne. Après un période transitoire dite officiellement « coloniale » entre 1919 et 1925, les cantons de l’Est deviennent officiellement belges. Fermez le ban.

Bon tout cela c’est bien beau mais pas franchement exaltant. Mais – car il y a toujours un « mais » dans cette rubrique – au cœur de cette nouvelle frontière il y a un truc incroyable et unique qui va contenter l’amateur de frontière exotique et /ou le ferrovipathe averti. Petit retour en arrière. Fin XIX la Prusse étend son réseau ferroviaire et relie alors Aix-la-Chapelle (Aachen en germain) et Luxembourg avec la désormais célèbre ligne : la « Vennbahn » que l’on traduit par « Ligne des Fagnes ». Pourquoi célèbre ? Elle ne l’est guère avant la guerre.

Mais en 1921 avec l’application du traité de Versailles, en plus des cantons de l’Est, la ligne ferroviaire revient de droit à la Belgique, y compris quand le tracé passe en plein milieu de l’Allemagne et donc au-delà des Canton de l’Est. 5 communes allemandes se retrouvent alors enclavées en Belgique pour seulement les 10 mètres de largeur de la ligne ferroviaire. Par la route entre ces communes allemande et le reste de la république fédérale, les citoyens germaniques franchissaient donc des passages à niveau intégralement en territoire belge. Bon, le contrôle aux frontières n’y a jamais été fortement appliqué mais aujourd’hui encore, les terrains de la ligne ferroviaire, transformée en piste cyclable, sont toujours belges.


La fraction de territoire belge au centre de la carte OSM

Le territoire belge sur 30 m de large au coeur de Roetgen (Allemagne)

Posts récents

Voir tout