• Thomas GROLLIER

Brève cartographique #5



Le littoral méditerranéen du Maroc est une formidable source de conflit en raison de confettis d’Empire. De 1912 à 1956, l’Espagne avait établi un protectorat sur la partie nord du Maroc et ceci en accord avec les Français. Cependant les espagnols étaient présents sur de nombreux îlots ou enclaves (Ceuta et Melilla) et ceci bien avant l’instauration du Protectorat. Anglais et Portugais avaient également joué leurs partitions impérialistes sur ces zones. À l’indépendance du Maroc en 1956, les Espagnols conservent quelques îlots ainsi que les zones plus vastes de Ceuta et Melilla argüant que ces territoires étaient espagnols avant le Protectorat et donc ne pouvaient donc être restitués au Royaume chérifien. Depuis le Maroc n’aura cesse de réclamer ces terres... tout comme l’Espagne réclame Gibraltar de l’autre côté du détroit.


Ces îlots n’ont que quelques milliers de mètres carrés mais deux d’entre eux se distinguent. A l’opposé de Gibraltar, l’îlot Persil, totalement inhabité, n’est distant que de 200 m de la plage marocaine. En 2002, quelques soldats marocains s’y rendent et l’Espagne y envoie une armada digne de celle de Philippe II pour y déloger les impétueux visiteurs. L’affaire est tendue, pourtant pas un seul coup de feu n’est échangé sur ce caillou ridicule. Mais la disproportion de la réaction du colérique ibérique fait encore glousser dans les chancelleries occidentales. L’île reste aujourd’hui sans souveraineté établie et les deux pays se contentent du status quo.

Îlot Persil (ESP : Isla de Perejil)

Plus à l’est, le Peñón de Vélez de la Gomera, est encore plus étonnant. Initialement c’est une île, espagnole depuis le XVIe siècle, mais l’ensablement du détroit l’a depuis relié au continent africain distant de moins de 100 mètres. Aujourd’hui devenue presqu’île, la partie espagnole n’est habitée que par des militaires et le personnel du phare. Il semble établi que les 80 mètres de large du banc de sable constituent la plus petite frontière terrestre existante à ce jour.

Peñón de Vélez de la Gomera



© Carto Diem - 2020