• Thomas GROLLIER

Brève cartographique #44


 

Retour de votre petite brève du vendredi après les agapes et autres trêves des confiseurs de la fin d’année. Aujourd'hui, petit focus sur les adjectifs « Bas » et « Hauts » accolés aux noms des départements français avec, comme l’a chanté Nougaro, « des mots doux sur tes hauts et des mains sur tes bas ».

Procédons par ordre de haut en bas. Vous avez onze départements français commençant avec l’adjectif « haut » et ses déclinaisons. Allez, comme je suis sympa, je vous évite de rechercher tout cela les voici : le Haut-Rhin, la Haute-Corse, la Haute-Garonne, la Haute-Loire, la Haute-Marne, la Haute-Saône, la Haute-Savoie, la Haute-Vienne, les Hautes-Alpes, les Hautes-Pyrénées et les Hauts-de-Seine. On peut en ajouter un douzième : les Alpes-de-Hautes-Provence. Et ce dernier département s'en sort bien car avant 1970 il se nommait Basses-Alpes. On est d'accord ce n’est pas très valorisant. L'usage des mots bas ou basse étant souvent perçu péjorativement. Alors que Hautes, commercialement, ça claque et il faut bien ça pour le pays de Giono!


En 1970, les bas-alpins – le gentillet est lui resté d’usage – n’ont pourtant rien inventé. Les Basses-Pyrénées avaient, en 1969, lancé la mode en se renommant Pyrénées-Atlantiques. Pas de chance pour les basques, le nom Hautes-Pyrénées était pris. Autre terme proche du « bas » était l’adjectif « inférieure » utilisé avant 1945. La Charente-Inférieure est ainsi devenue la Charente-Maritime, la Loire-Inférieure se transforma en Loire-Atlantique tout comme la Seine-Inférieure en Seine-Maritime. Même principe que pour l'abandon du « bas », le terme « inférieur » n'était pas des plus vendeurs. Finalement il ne reste plus que le Bas-Rhin et encore. La fusion des départements Bas-Rhin et Haut-Rhin étant actée dans la nouvelle Collectivité Européenne d'Alsace, les deux entités vont disparaître. Mais il fallait flatter l'orgueil alsacien qui, englobé – embourbé diront certains – dans la région Grand-Est avait perdu la marque régionale Alsace. On a les combats que l'on mérite...

https://www.la-croix.com/France/LAlsace-redevient-collectivite-locale-2021-01-01-1201132682
Fusion des départements du Bas et Haut-Rhin – Crédit photo : La Croix / L'ALSACE/MAXPPP / Hervé KIELWASSER

Voilà pour les bas. Remontons maintenant vers les hauts. Comme on ne parle ici que des départements, éludons immédiatement la région Hauts-de-France. Son nom fait référence au fait que c'est visuellement en « haut » de la carte de France. Usage impropre car géographiquement on devrait parler de nord et non de haut. En géographie le haut c'est l'altitude et non la latitude. Mais il parait que Nord ça fait pas rêver et que ce n'est pas vendeur. Un nom régional qui est un loupé magistral, un de plus, pour son président Xavier Bertrand.

Mais retour au « haut » de nos beaux départements hexagonaux. Ils sont liés à l'hydrologie (Rhin, Marne, Saône, Loire...), aux chaînes de montagnes (Alpes, Pyrénées) ou à des zones bien définies (Corse, Savoie). Mais ces « hauts » le sont-ils vraiment? Commençons par le plus bas des hauts : les Hauts-de-Seine. Les altoséquanais (à recopier 10 fois je vous prie) peuvent s’enorgueillir d’un sommet à 180 mètres au dessus du niveau de la mer sur la commune de Vaucresson. Le pic est évidemment atteignable sans matériel particulier. Quoique, il vous faudrait des clubs pour vous y rendre car le « sommet » est au cœur du Golf des Haras de Jardy. Bien plus à l’est, la Haute-Marne n’est pas non plus himalayesque avec un petit 524 mètres sur le plateau de Langres. Toujours sur un plateau, celui des Mille Vaches, le plus haut sommet de la Haute-Vienne est le Puy Lagarde qui culmine à 795 mètres. On commence à avoir un haut qui a de la gueule mais ça reste quand même bien bas.

Avec la Haute-Saône ont franchi enfin les 1 000 mètres. Sur le bord sud-ouest du massif des Vosges, le Ballon de Servance, 1 215 mètres, est le plus haut du département numéroté 70. Au passage vous apprenez donc que la Haute-Saône porte le numéro 70, en prime, je vous indique que sa préfecture est Vesoul,. Ça vous n’êtes pas nombreux à le savoir et vous faites désormais partie de l’élite. Et si vous êtes vraiment curieux le Ballon de Servance ce n’est pas très loin de la Planche des Belles Filles connue pour ses arrivées du Tour de France.

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Le fort Scherer au sommet du Ballon de Servance – Photo : survoldefrance.fr

Continuons la progression des plus hauts des hauts. Non loin de la Haute-Saône, se situe le Haut-Rhin qui culmine à 1 423 mètres au Grand Ballon et ses roches granitiques. C’est également le point le plus haut du massif des Vosges. Mais comme stipulé plus haut, ce département n’a plus d’existence réelle, mais gardons le, juste pour se faire plaisir et parce que c’est un lieu magnifique. Pour le haut suivant cap au sud où l'on passe du granit à la roche volcanique. À 1 744 mètres sur les flancs du Mont Mézenc (qui culmine lui à 1 753 mètres), s’élève le plus haut point de la Haute-Loire. L’endroit est difficile et le climat fort rugueux avec la burle ce vent glaçant venu du nord. Non loin de là, un sommet ardéchois bien connu, le Mont Gerbier-de-Jonc (1 551 mètres), au pied duquel la Loire prend source.


Le Monte Cinto

Nous sommes donc à mi parcours dans nos départements anoblis de l’adjectif « haut ». À partir de maintenant on franchit les 2 000 mètres. Et c’est en Haute-Corse que notre ascension se poursuit. Le Monte Cinto s’étire jusqu’à 2 706 mètres. Là on est d’accord ça devient vraiment du haut. On valide! C’est d’ailleurs le point culminant de la Corse et, par temps clair, il est même parfois visible depuis la grande corniche de Côte d’Azur. Les taquins me répondront que la Haute-Corse n’existe plus. Ils n’ont pas forcément tord. La réforme territoriale a fusionné les deux départements corses dans la nouvelle Collectivité de Corse en 2015. Départements qui étaient eux même issus de la subdivision de la Corse (ex numéro 20) en 1975 et la création de la Corse du Sud (Ajaccio), et la Haute-Corse (Bastia). Les fameux 2A et 2B des plaques minéralogiques.


Après notre escapade corse, voici le retour définitif sur la métropole. Dans un premier temps voyageons dans les Pyrénées où, à partir de maintenant, on rentre dans le cercle fermé des hauts à plus de 3 000 mètres. Perché à 3 222 mètres, le Pic Perdiguère est le plus haut sommet de la Haute Garonne. À quelques 125 kilomètres au sud de Toulouse, il se situe dans une des rares commune n’ayant que deux lettres : Oô. Le plus haut de la Haute-Garonne est à Oô. Oh, oh, oh...

Le Vignemale ( 3 298 mètres)

Le haut suivant, quelques kilomètres plus à l’ouest, est perché à 3 298 mètres. Le Vignemale est le plus haut sommet des Hautes-Pyrénées. Malgré cette altitude remarquable, ses glaciers vont disparaître. Le plus grand, le glacier d’Ossoue, mesurait 2 km de long en l’an 2000. Il ne fait plus que 1,4 km en 2020 pour seulement 300 mètres de large. Il devrait disparaître vers 2040. Ce qui ne disparaitra pas c’est que le Vignemale, s’il est bien le plus haut français des Pyrénées, n’est que le 16e des plus hauts sommets de la chaîne pyrénéennes, le record étant détenu par le Pic d’Aneto (3 404 mètres) intégralement en Espagne.

Pour la troisième place des plus hauts des départements estampillés « haut », il nous faut désormais aller dans le massif alpin en commençant par les Alpes-de-Haute-Provence. L’Aiguille de Chambeyron (3 412 mètres) est la plus haute altimétrie connue des cartes du 04. Comme indiqué au début de cette brève, les bas-alpins ont donc bien fait de renommer l’ex-département des Basse-Alpes. Le sommet se situe sur la partie orientale de la vallée de l’Ubaye à la frontière avec l’Italie. Il est distant d’environ 20 kilomètres du Mont Viso dont on avait parlé dans la brève 19 traitant du fantasque tunnel international de la Traversette (ici : brève #19).

La Barre des Écrins (4 102 m)

À la deuxième place, avec la Barre des Écrins (4 102 mètres), se trouvent les bien nommées Hautes-Alpes. Pendant de nombreuses années, les géographes et cartographes pensaient que c’était le Mont Pelvoux (3 943 mètres) qui était le plus haut sommet de ce département et donc, de facto, de la France, la Savoie n’étant devenue française qu’en 1860. Et justement le 14 juin 1860, avec l'intégration de la Savoie dans l’Empire Français, la Barre des Ecrins fut détrônée de son titre national. Le Mont-Blanc, qui en fonction de la hauteur de neige oscille entre 4 808 et 4 810 mètres, est bien le plus haut sommet des départements dit « haut » : la Haute-Savoie. Avec 4 559 mètres, ce même département détient aussi le record de la plus grande différence altimétrique entre son point le plus bas et son sommet le plus haut. Et je rappelle que le sommet du Mont-Blanc est bien à la frontière entre la France et l’Italie. Cette arnaque française a d'ailleurs été traitée ici : l'arnaque du Mont-Blanc.

Le Mont-Blanc à la frontière franco-italienne (4 808 m)


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