• Thomas GROLLIER

Brève cartographique #31


Bonjour ami lecteur. En ce vendredi qui n'est pas Saint, je t'amène faire un tour en Enfer. Oui, tu as bien lu, Hadès t'attend dans sa fournaise alors évite de faire le Malin si tu ne veux pas de problème diablement cuisant. Bon trêve de mythologie et de jeux de mots faciles, et embarquons pour le Turkménistan. Ancienne république soviétique d'Asie centrale, riverain de la mer Caspienne (qui est en fait un lac mais on y reviendra un jour), la riante et démocratique république à parti unique n'a pas grand chose pour briller dans le concert des nations.

Une des statues en or de Saparmyrat Nyyazow à Achgabat

A son indépendance de l'URSS à Noël 1991, la République socialiste soviétique du Turkménistan, voit Saparmyrat Nyyazow prendre les rênes du jeune État turkmène et instaurer assez rapidement un parfait culte de la personnalité doublé d'une consécration plénipotentiaire de Président à vie. Que voulez vous, 50 ans de communisme, ça ne se renie pas d'un coup de crayon... En 2006, son successeur désigné Gurbanguly Berdimuhamedow, dirige la nation sur les mêmes rails et « Le Protecteur » est régulièrement réélu avec des scores de plus de 98%. Que voulez vous, 75 ans de communisme ne se renient pas d'un coup de crayon... Bref, avec la Biélorussie et le Kazakhstan, le Turkménistan est le 3e membre du club des pays « ex-soviétiques » régulièrement pointé du doigt sur la scène internationale. Finalement l'enfer est peut-être plus là que dans le phénomène dont nous allons parler ci-dessous.


En 1971, dans le désert du Karakoum, les scientifiques soviétiques décident de lancer un forage destiné à évaluer les potentielles ressources en hydrocarbures du sous-sol du désert. Ils ne vont pas être déçus. Enfin, un peu quand même, car le forage ne se passe pas comme prévu. Eventrant une cavité, l'ensemble du sol se dérobe sous les pieds des foreurs. Un cratère de 70 m de large emporte tout sur une vingtaine de mètres de profondeur. Enorme catastrophe mais les autorités de l'époque affirment qu'il n'y a eu aucune perte humaine. Libre à vous de les croire. Par contre, pour l’environnement, la perte c'est plutôt la phénoménale quantité de méthane qui s'échappe dans l'atmosphère.


Bien que loin de toute zone habitée, les scientifiques russes s'inquiètent de ces émanations de gaz, dont certains seraient toxiques pour la population, et décident alors d'enflammer la caverne pour régler rapidement le problème. Le feu de joie est alors assez impressionnant bien que dégageant de fortes odeurs de soufre. Sauf que là encore rien ne se passe pas comme prévu. Les russes avaient alors évalué la quantité de gaz à brûler à quelques semaines sauf que le feu ne s'est jamais éteint depuis et, 50 ans plus tard, les flammes sont toujours là. De nuit le « spectacle » est hallucinant et a donné à ce site le surnom de Porte de l'Enfer. Les flammes, la caverne, l'odeur de soufre, tout un combo pour bâtir un storytelling initialement imprévu. Mais point d'Hadès ou d'enfer mythologique dans ce cratère qui est pourtant devenu une attraction touristique pour la vingtaine de visiteurs quotidiens en quête de sensations. La Porte de l’Enfer c'est surtout un énorme gâchis environnemental depuis un demi-siècle. Un de plus malheureusement.


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