• Thomas GROLLIER

Brève cartographique #29


Pour cette petite brève de ce beau vendredi de juin, nous retournons, si vous le voulez bien, sur le thème des enclaves. Je te sais taquin ami lecteur, alors oui, pour être vraiment ultra précis le site dont nous allons parler n'est pas stricto sensu une enclave mais passons sinon c'est pas rigolo.

La Défénestration de Prague (par Wenzel de Brozik)

Petit retour en arrière au XVIIe siècle. La Guerre de 30 ans ravage l'Europe centrale. Si l'origine, ou du moins le prétexte original, du conflit est d'ordre religieux entre catholiques et protestants, comme toute guerre elle visa surtout à faire respecter ses frontières voire les agrandir et bomber le torse. Au coeur du conflit le grand mixte bordélique des nations du Saint-Empire. Le début du conflit fut presque cocasse avec la défenestration, en 1618 à Prague, des deux représentants impériaux par des nobles de Bohême défenseurs du protestantisme et furieux de voir la fermeture de certains lieux de leur culte. Les nations du Saint-Empire et l'ensemble de l'Europe centrale prendra prétexte de ce pugilat pour passer par la case “guerre de religion“. De fil en aiguille avec le jeu des alliances et des appétits aiguisés, c'est presque toute l'Europe qui prend les armes, France, Espagne, Suède. Un désastreux boxon. Cette guerre laissera une Allemagne exsangue et c'est le début de la fin pour le Saint-Empire avec la signature des Traités de Westphalie en 1648. Les frontières de l'Europe sont totalement redessinées, la France annexant Metz, Verdun et Toul (dits Les Trois-Evêchés), une partie de l'Alsace (et c'est ce qui va nous intéresser pour notre semi-enclave) et Pignerol dans le piémont. La Suisse est définitivement créée, et l'Espagne abandonne ses terres bataves au profit des Provinces-Unies (les futurs Pays-Bas). Je vous laisse imaginer le boulot pour les cartographes de l'époque qui n'ont pas du chômer...

L’Île de Rhinau, lieu de promenade bucolique

Mais revenons donc à cette annexion d'une petite partie de l'Alsace par le Royaume de France. Les accords précisent que le fleuve Rhin est désormais la frontière et que les bourgs constitués et établis ne peuvent perdre leur territoire. Le petit village de Rhinau situé à une trentaine de kilomètre au sud de Strasbourg est une gentille bourgade sur la rive gauche du grand fleuve européen. La zone est particulièrement plane et le fleuve y divague au milieu des forêts. En 1541 une crue majeure bouleverse profondément le cours d'eau du fleuve qui se déporte sur sa gauche. Pragmatique les pouvois locaux se coordonnent et la frontière se déplace sur le nouvel axe central du fleuve, mais le territoire désormais outre-Rhin reste bien la possession de Rhinau et le traité de Westphalie officialise cette possession française. En 2021, la commune de Rhinau possède toujours ces 1000 hectares inhabités, classés en réserve naturelle, même si la souveraineté y est bien évidemment allemande. Dans l'argutie juridique dont sont tant friands les gouvernements, ces 1000 hectares communaux sont un "secteur non constitué en municipalité", c'est à dire qu'ils ne font partie d'aucune commune allemande bien que sur le territoire germanique. À charge à la commune de Rhinau d'entretenir cette enclave... en franchissant un fleuve de 250 mètres de large.





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