• Thomas GROLLIER

Brève cartographique #21


Mineurs dans Col Chilkoot sur la route de Klondike

L’or rend fou. On a tous en mémoire ces histoires de la conquête espagnole en Amérique du Sud à la recherche du métal jaune. Quelques milliers de kilomètres plus au nord, la course vers la Californie a alimenté l’imaginaire de nombreux petits européens. Toujours plus loin dans le Nord c’est le fameux Klondike dans le Yukon qui inspira, entre autres, le film de Chaplin “La Ruée vers l’Or”. Une ruée folle pour seulement une vingtaine d’années d’exploitation dans des conditions effroyables surtout la route d’accès via le Col Chilkoot. Et vous pensez que depuis on s’est calmé ? Que nenni. Toujours plus bas dans les mines, toujours plus au fond des cours d’eau irrémédiablement pollués par les métaux lourds et le cyanure utilisés pour l’exploitation. Souvenez vous du drame de Baia Mare en Roumanie, où la rupture de bassins de décantation, avait pollué jusqu’au Danube tuant au passage toutes les espèces fluviales. Au-delà des dégradations environnementales ce sont aussi trafics et dérives mafieuses qui gravitent autour de la folie de l’or. Sans compter le pire : l’exploitation humaine. Le métal jaune aiguise tous les appétits, y compris les nôtres avec nos ordinateurs et nos téléphones portables car leurs puces électroniques utilisent quelques microgrammes d’or. Vous comme moi sommes donc aussi dans le cercle de cette folie.


En pulvérisant tous les records, la recherche de l’or repousse sans cesse les limites. Vers le bas c’est en Afrique du Sud qui faut se rendre et descendre sur 4 km dans la mine de Tau Tona et ses 800 km de galerie. 15 tonnes d’or par an pour 1,8 million de tonne de minerai extraits. Oui l’Afrique du Sud, grand producteur d’or que tous les enfants ayant une fois joué à « Richesses du Monde » connaissent en scrutant avidement la case marron au bout de la ligne Afrique. Un truc à faire péter un câble à mon frère si j’avais l’outrecuidance de prendre la fameuse carte me donnant illico 40% de l’or mondial avant lui. Le kif… Doublement.



Alors si certains ont creusé profondément, d’autres le font aussi mais à très haute altitude. Et là on frise les limites du corps humain. Soyez donc les bienvenus à La Rinconada au Pérou, une ville de bric et de broc comptant quand même un peu plus de 50000 habitants permanents entièrement tournés vers l’exploitation des mines d’or. Il est établi que c’est la plus haute ville du monde à l’altitude médiane de 5100 mètres d’altitude. Oui vous lisez bien 5100 ! Un peu plus de 300 mètres au dessus du Mont-Blanc que certains alpinistes n’arrivent jamais à atteindre (et encore c’est uniquement pour le fun pas pour faire vivre sa famille). Entourée de glaciers la ville champignon atteint même 5300 mètres pour les quartiers les plus élévés. Les habitants y font preuve d’une résistance incroyable pour lutter contre l’hypoxie c’est-à-dire une quantité d’oxygène trop faible en ratio de ce que demandent les muscles. Le corps des habitants s’adapte et là où un humain normal a environ 5 litres de sang, les locaux en comptent 8 ! Et cela au prix d’un réseau sanguin et un cœur hyper-dilatés. La folie de l’or au mépris de sa vie mais, pour eux, c'est la seule solution pour gagner un peu d'argent.



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