• Thomas GROLLIER

Brève cartographique #13


On adopte toujours la langue des conquérants. L’Amérique du Sud n’échappa pas à la règle et parle ainsi très majoritairement espagnol. Quelques générations plus tard, mon ami Gary, solide gaillard péruvien, en conviendra sans sourciller. Avec l'arrivée envahissante des Conquistadors, les civilisations précolombiennes ont donc été, au mieux assimilées, au pire réduites en cendres. Mais dans ce nouveau monde hispanophone une rareté de taille est bien visible tant par sa dimension géographique que par sa langue. C’est le lusophone Brésil. Pourquoi diable ce grand pays fait-il exception sur le continent sud-américain?

Christophe Colomb

Au XVe siècle les marines portugaise et espagnole (en fait castillano-aragonaise) sont les maîtresses des mers. En 1492, un certain Christophe Colomb, pourtant génois de son acte de naissance, découvre le Nouveau Monde pour le compte d’Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. C’est le début de la main mise espagnole sur l’Amérique centrale, en l’état un chapelet d’îles dans les Antilles. Car Collomb n’a pas découvert le continent américain. C’est un autre « italien », le florentin Amerigo Vespucci, qui sera celui qui imaginera que les Antilles n’étaient que les prémices d’un continent plus vaste à l’ouest. Les cartographes de l’époque témoignent de cette avancée majeure et nomment le nouveau continent Amérique en l’honneur d’Amerigo.

C’est bien beau tout cela et je te sens impatient ami lecteur d’avoir réponse à ta question : mais quel rapport avec l’étrangeté portugaise du Brésil? J’y viens. En facteur explicatif on a pêle-mêle :

  • une inconnue géographique

  • deux royaumes

  • deux marines hégémoniques,

  • un Pape amateur de luxure

  • un traité.

C’est pas beau ça ?


Les marines espagnoles et portugaises cinglent les océans comme personne. Français et Anglais ne leur arrivent pas à la cheville (mais comprennent déjà l’importance de la marine et vont très vite apprendre). Avec la découverte du Nouveau Monde, les appétits s’aiguisent autant que les épées. Avec l’aide du Pape Alexandre VI Borgia (un phénomène que je vous invite d'ailleurs à découvrir dans cet article), les royautés de Castille et du Portugal s’entendent en 1494 pour fixer une ligne de partage du Nouveau Monde. Un méridien imaginaire tracé à 370 lieues (environ 1700 km) à l’ouest du Cap-Vert (possessions portugaises en Afrique) place toutes terres découvertes au delà de cette ligne sous la couronne castillane. En deçà c’est Portugais. Le traité est signé en Espagne dans la ville de Tordesillas : tope là et bienvenu au Traité de Tordesillas!

Le traité en langue portugaise

Les espagnols sont ravis, toute l’Amérique sera donc leur. Oui, sauf que les Portugais débarquent en 1500 sur un rivage inconnu des cartes est qui est seulement à 1300 km à l’ouest du méridien du Cap-Vert. Jamais les castillans n’avaient imaginé que le continent américain pouvait avoir la forme qu’on lui connait. Pedro Alvares Cabral, au nom du Portugal, et avec le Traité de Tordesillas en soutient légal, prend donc possession de ces terres américaines. Le Portugal acquiert sa colonie américaine et s’y implante rapidement. Le Brésil lusitanien est né. C’est ainsi que cinq siècles plus tard, les meilleurs footballeurs du monde dansent et chantent la samba en portugais.




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